Monde

Les méthodes pour réussir son voyage initiatique

Confest ou l'Eden retrouve, Australie
Écrit par Les Baroudeurs

Après avoir détaillé les 4 conditions qui me semblent essentielles pour envisager un voyage, j’ai envie de partager avec vous quelques méthodes pour réussir son voyage initiatique. 

Il serait inutile de vous faire croire que le voyage résout tout. Comme pour une psychothérapie, une approche par la méditation ou le reiki, vous ne pourrez changer que ce dont vous avez déjà pris conscience et que si vous êtes pleinement convaincu de la démarche.

Cet article ne sera pas exhaustif (il ne s’agit que de ce qui a pu marcher pour moi) mais j’espère qu’il pourra vous aider à donner du sens à vos voyages et à trouver ce que vous recherchez. Si vous aussi, vous avez effectué un voyage qui a changé votre vie, n’hésitez pas à laisser un commentaire et à enrichir l’article pour les futurs lecteurs 😉

1. Le détricotage des peurs

Comment ça marche :

C’est très simple ma bonne dame : c’est le saut en parachute, toucher la grosse bébête à six pattes ou aller voir de plus près à quoi ressemble un requin blanc.

Et concrètement :

On vérifie trois fois la licence du monsieur qui croit savoir voler (!?!), on monte dans le petit avion sans moteur et on essaye de pas trop griffer son moniteur pendant les virages.

Vol en planeur, Fayence, France

Vol en planeur, Fayence, France

L’avantage c’est qu’on a rarement peur de ce qu’on connaît.

Depuis que je suis incollable sur le planeur et les courants ascendants, plus rien ne m’arrête (en tremblant un peu, certes, mais ça se voit pas sur les photos). Du parapente à l’Ulm en Nouvelle-Calédonie, je ne manque plus une occasion de découvrir la terre vue du ciel !

Vol d'ULM à Voh, Nouvelle-Calédonie

Vol d’ULM à Voh, Nouvelle-Calédonie

Trou bleu, Voh, Nouvelle-Calédonie

Trou bleu, Voh, Nouvelle-Calédonie

Les inconvénient de la méthode :

Si cette méthode est en général radicale, il faut bien se connaître avant de l’envisager. Comme tout part de l’idée de se forcer à faire quelque chose d’inconcevable, si vous sentez que l’expérience peut être traumatisante, n’y allez pas. Vous allez ne faire qu’empirer les choses. Faites vous accompagner de quelqu’un en qui vous avez confiance et qui saura vous rassurer si l’angoisse est trop forte.

Cette méthode est assez limitée puisqu’elle ne fonctionne que sur des peurs tangibles. Essayez de rencontrer un patron après un burn-out…blague à part, je ne suis pas sûre que vous arriverez à l’effet escompté.

2. La méthode par objectifs

Comment ça marche :

Lors de mes premiers voyages solo, je partais toujours avec une liste de 4 à 5 objectifs. Si je ne savais pas où le voyage allait me mener, j’espérais me débarrasser de quelques habitudes et fausses croyances qui m’empêchaient d’avancer.Etonnamment, même si mes activités n’étaient pas liées à ces sujets, il se présentait toujours une occasion pour me mettre à l’épreuve.

Et concrètement :
 En 2010, lors d’un de mes premiers voyages solo, deux de mes objectifs était d’apprendre à me faire comprendre et d’être moins pudique.
Lorsque je suis arrivée chez Ama et Ada, une famille Akha du Nord Thaïlande, je n’avais qu’une peur : que nous ne puissions pas échanger. Ils ne parlaient ni anglais ni thaï. J’étais très pudique sur mes sentiments et les incompréhensions entre mon entourage et moi étaient fréquentes.  C’était un véritable défi pour moi et je n’étais absolument pas sûre de réussir à me faire comprendre et à partager mes émotions. Sans la langue, il a fallu que je fasse davantage attention à mes expressions, mes postures et mes gestes. C’est finalement Ama qui a désamorcée la situation quand autour d’un repas très épicé, j’ai croqué dans un piment. Toute la famille attendait ma réaction et lorsque j’ai commencé à tirer la langue, on a tous explosé de rire. Sans le savoir, j’avais réussi mon pari : leur montrer qui j’étais, sans aucun artifice. Ce n’était qu’un premier pas vers une communication apaisée mais ce fut un véritable déclic.
Danse Akha chez Ama - Thaïlande

Danse Akha chez Ama – Thaïlande

Quelques mois plus tard, j’arrivais à Sydney. Je n’avais presque plus d’argent et il me fallait trouver un job rapidement. Après une journée à distribuer des CV dans tous les bars de mon quartier, je suis tombée sur une annonce accrochée à un lampadaire. Les Beaux Arts de Sydney cherchaient des modèles pour une classe de dessin. J’ai tout de suite pensé que cette annonce n’était pas pour moi.  J’étais incroyablement pudique, au point de refuser systématiquement d’aller à la plage avec des amis. Pourtant, j’ai appelé. Je me souviens encore de la première séance de pose. Après de longues minutes d’hésitation, j’ai quitté ma cabine pour rejoindre l’atelier. Là, une dizaine d’artistes m’attendaient. Grâce à leur bienveillance, j’ai appris que le corps n’était pas plus que ce qu’on y projetait. Je n’avais pas plus de défauts que les autres, je pouvais donc – physiquement comme moralement – m’accepter et vivre sereinement avec la personne que j’étais devenue.

Un des modèles du Sydney Art Class, Australie

Un des modèles du Sydney Art Class, Australie

Les inconvénient de la méthode :

L’avantage de cette méthode, c’est qu’elle est assez simple et ne demande pas beaucoup d’efforts (la mise en danger est moindre).

Je vous conseille néanmoins d’écrire vos objectifs sur un carnet et de « l’oublier » à la maison avant de partir. Il est essentiel de ne pas focaliser. Dans le cas contraire, vous risqueriez de passer à côté d’expériences bien plus importantes que celles pour lesquelles vous étiez partis.

Si le voyage est un accélérateur de changements, c’est justement parce qu’on lâche prise 😉

3. L’expérience d’un autre soi

Comment ça marche :

On fuit le quotidien et on s’immerge pour quelques temps dans un contexte complètement différent du sien. Que ce soit dans un kibboutz, un couvent ou une communauté hippie, on se confronte à un autre système de pensée et on glane de nouvelles idées.

Et concrètement :

En 2012, Eva et moi avons roulé pendant près de 12h dans le bush australien pour rejoindre un des plus grands festivals hippie d’Australie. Sans montre, sans téléphone portable, on se donnait rendez-vous à la tente quand le soleil touchait la colline. On avait absolument aucune idée de ce que nos nouveaux amis faisaient dans la vie (quelle importance finalement). Tout ce qu’on avait besoin de savoir c’est que Mark faisait le meilleur des Chaï latte et que Ben emmenait les enfants à la rivière le matin pour les initier à la slagline. Tout avait l’air si facile et si léger qu’en revenant, je me souviens m’être dit : « c’est ça la vie ! »

Confest ou l'Eden retrouve, Australie

Confest ou l’Eden retrouve, Australie

Les inconvénient de la méthode :

Si cette méthode a l’avantage de vous confronter à d’autres systèmes de pensée et à vous réinventer rapidement, les effets n’en sont que très éphémères. Finalement, vous n’êtes pas différents d’avant votre expérience. Ce sont les règles extérieures qui ont changé l’espace d’un instant et qui vous ont semblées plus légères. Mais une fois de retour dans votre environnement quotidien, les autres n’ayant pas changé leurs façon d’interagir, vous retomberez dans les mêmes travers.

Il se peut même que vous ayez désormais choisi de faire changer les autres, ce qui est toujours une idée catastrophique.

Il vous faudra un long temps de maturation pour savoir ce qui, de cette expérience est applicable au quotidien de ce qui ne l’est pas. Au moins de passer le reste de votre vie dans cette organisation parallèle…

4. Le pouvoir du « oui éclairé » ou le vagabondage curieux

Toutes ces méthodes, même si elles m’ont aidé à franchir des caps importants me semblent finalement trop construites pour qu’on puisse en retirer de vrais apprentissages. Elles sont utiles uniquement si on sait ce que l’on cherche. Je crois qu’il arrive un moment où l’on préfère se laisser surprendre par ce que le voyage a à nous offrir. Et c’est là qu’intervient le « oui éclairé ».

Comment ça marche :

Il n’y a rien de plus simple. Il suffit de lâcher prise et de dire oui. Construire son voyage au cordeau est une aberration. Que vous apportera d’avoir fait le tour du monde si vous n’avez laissé aucune place pour l’imprévisible si ce n’est une collection de photos de tous les sites « à voir au moins une fois dans sa vie » ?

Le vagabondage curieux, c’est accepter de fermer ses guides de voyage et de faire un détour de 50 kilomètres parce que le gérant de votre guesthouse vous propose de partir pêcher la truite sur son spot préféré.

Et concrètement :

J’avais trois jours à tuer à Dakar et pas une envie folle de visiter tous les sites touristiques du coin. Finalement, c’est en mangeant un Tiep Bou Dien dans une bicoque de la plage que Pape m’a abordé. Il se demandait pourquoi je ne fêtais pas Noël en famille cette année et de fil en aiguille, il m’a parlé du Magal, un des plus importants pèlerinages musulmans d’Afrique. Touba n’était qu’à quelques heures de voiture et Pape avait réussi à piquer ma curiosité…Ce que j’y ai découvert me direz-vous ? Il est sûrement plus difficile pour moi de vous livrer la portée de cette expérience mais c’est, aujourd’hui encore, une de mes plus belles expériences de voyage et le fait de l’avoir découvert au détour d’une conversation y joue pour beaucoup.

L'attente à la mosquée, Touba

L’attente à la mosquée, Touba

Détail de la mosquée de Touba, Sénégal

Détail de la mosquée de Touba, Sénégal

Les inconvénient de la méthode :

Là encore, il faut être critique et vigilant. Dire oui à toute expérience est une bonne chose si ce oui est « éclairé ». Il faut toujours se demander si la personne qui vous invite le fait de façon désintéressée ou si elle cherche à en tirer un avantage (éloignement de la ville, d’un groupe, pour l’argent, etc).  La meilleure façon de se protéger des entourloupes est d’être sceptique mais cela vous protégera également des belles rencontres. C’est un équilibre qu’il est parfois difficle de trouver.

Il y a sûrement bien d’autres façons de se découvrir par le voyage. C’est aussi une démarche si personnelle qu’il m’ait difficile de vous guider davantage. J’espère néanmoins avoir donné quelques pistes grâce à cet article et je serai ravie d’entendre les vôtres.

Avez-vous déjà effectué un voyage qui a profondément changer votre vie ? Qu’avez-vous découvert et dans quelles circonstances ?

Qui suis-je ?

Les Baroudeurs

Spécialiste papilles et trek, elle marche pour nous de la Tasmanie à la Réunion et teste les voyages, les bons plans restaurants et les sports à la mode.

Ses voyages : Seule, à pied ou à vélo. Gros faible pour les immersions en communauté, les plats pimentés et les hauts sommets.

Zone de prédilection : l’Afrique et l’Asie

6 Commentaires

  • Ce sont de bien jolis conseils à tester. J’aime particulièrement l’idée de lâcher prise et de s’écouter (mais pas au point de s’auto-censurer). Au final quand on y pense il n’y a pas beaucoup de risques à tenter de nouvelles aventures, s’ouvrir, partir à la découverte des autres. Ce sont de formidables occasions de se découvrir davantage, de trouver des réponses ou de nouvelles questions. Qu’ils nous changnte ou pas, pour moi, les voyages sont le sel de ma vie, un besoin viscéral. je trouverais peut être un jour pourquoi ?
    Bonne route à toi

  • Tout à fait d’accord avec toi.
    Peut-être que le plus important n’est pas de trouver pourquoi mais d’embrasser la pluralité d’expériences que tes voyages t’auront offert.
    Je t’en souhaite encore beaucoup d’autres 😉

Laisser un commentaire.