Monde

La vérité sur le retour de voyage

Écrit par Claudia

Que vous soyez parti 6 mois en stage à l’étranger, 1 an en tour du monde ou 2 ans en expatriation, vous avez tous, à un moment, eu le mal du pays. Vous avez imaginé votre retour : les tonnes de charcuterie et de fromages que vous alliez engloutir, les anecdoctes que vous alliez raconter et celles que vous alliez taire, les soirées entre amis…

Oui, mais voilà ! Le retour n’est pas qu’une partie de plaisir. Pour éviter la décompensation, voici une petite liste non exhaustive de ce qui vous attend vraiment.

#1. Le premier mois

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage.

La tête encore pleine de beaux souvenirs, vous posez enfin votre sac à dos. Vous vous permettez encore le luxe de vivre à votre rythme et de faire fi de certaines conventions au prétexte que « là-bas, on ne fait pas comme ça ». Cette touche d’exotisme est charmante et votre téléphone n’arrête pas de sonner. Votre mère s’échine en cuisine pour vous concocter vos plats préférés et vos amis baissent la musique en soirée pour écouter vos exploits.

Le métro, pôle emploi, le journal de 20h ? Vous regardez tout cela d’un oeil distrait. Ce n’est plus tout à fait votre monde et cela ne vous atteint pas. Vous arrivez même à y trouver une certaine poésie, à votre ville natale. Le début de la sagesse sûrement…

#2. 你 好, I’am Peter. Como te llamas ?

Avouez que ça avait quelque chose d’excitant de parler plusieurs langues et de faire votre tout premier rêve en VOSTFR.

Oui mais voilà, tout ça c’est fini.

La boulangère ne vous sourit plus à cause de votre petit accent et elle se contrefiche de là d’où vous venez. Elle, elle bosse. Vos amis ne vous pardonnent pas de chercher parfois vos mots et vous traitent de snob au moindre anglicisme. Encore un petit côté grisant du voyage qui s’envole.

Ne vous reste plus qu’à vous morfondre en oubliant petit à petit tout le vocabulaire engrangé pendant votre séjour à l’étranger…

Ou, haut les cœurs, il y a un ou ! Pourquoi pas continuer ? Laisser vos amis tranquilles et inscrivez-vous dans une association où vous pourrez utiliser vos acquis à bon escient.

Quand on a le cafard, nous on opte pour une soirée internationale (elles sont souvent référencées sur des sites comme www.meetup.com ou www.couchsurfing.org par exemple) ou pour un Apéro Voyageurs. Là, personne ne vous jugera et vos anecdotes de voyage passionneront encore et toujours 😉

 

Humour Écossais - Edimbourh

Passer inaperçu – Edimbourh

#3. Réapprendre le quotidien

Voilà 2 mois que vous êtes rentrés. Vous n’avez toujours pas fait la moindre démarche, votre coloc lorgne du coin de l’oeil vos sandwichs peanut butter-bananes et votre nouvelle lubie de ne boire que dans votre tasse à maté. Si votre page facebook est encore inondée par commentaires de vos amis d’ailleurs, ici, c’est le calme plat.

Finalement, vous vous agacez un peu vous-même à commencer toutes vos phrases par « En Australie » ou d’autres « Quand j’étais sur les rives du Gange ». Vous commencez à comprendre ce que l’on vous reproche. Votre grand-mère avait raison la culture, les voyages, c’est comme la confiture…

Il est grand temps de se reprendre. Le voyage est bel et bien terminé et puisque vous êtes ici et maintenant, autant remettre le pied à l’étrier et en profiter.

Recommencez à sortir et à créer de nouveaux souvenirs. Une bière en terrasse, un cinéma, ce n’est finalement pas si mal que ça.

Des bières à Stramberk, République Tchèque

Des bières à Stramberk, République Tchèque

#4. Mettre de l’ordre dans l’administratif

Vous vous sentez un peu mieux dans vos pompes. Il est maintenant grand temps de passer à l’étape supérieur et de régler les quelques détails administratifs qui feront de vous à habitant de notre douce France. Ce n’est pas la partie la plus rigolote mais elle est nécessaire et, croyez-moi, vous y passerez du temps.

Nous écrirons un article spécial à ce sujet très bientôt 😉

Les mystères de l'administration française

Les mystères de l’administration française

#5.  Bien plus qu’un décalage horaire

Vous, vous, vous. Pour l’instant, vous ne vous étiez concentrés que sur vous. Vous avez tout à coup un regain de curiosité envers vos proches.

Il y a bien Cécile qui a eu une promotion et Martin qui a mis les voiles vers l’étranger à son tour. Mais en dehors de ça, il faut l’avouer, c’est le calme plat. Il faut dire que si vous avez vécu à 100 à l’heure durant quelques mois, ici, les choses ont suivi calmement leur cours.

Que vous le vouliez ou non, vous avez beaucoup pris en maturité. Certains amis vous ont emboité le pas, d’autres en sont restés au même point et vous ne vous trouvez plus vraiment de sujets de conversation communs. C’est parfois décevant mais un remaniement s’impose. Consolez-vous ; les vraies amitiés tiennent le choc du voyage 😉

Après trois ans d'absence, certaines amitiés se renforcent, Paris

Après trois ans d’absence, certaines amitiés se renforcent, Paris

#6. Le rêve d’ubiquité

Le retour sera surement un peu dur au début mais vous vous y ferez, vous en êtes certain. Après tout, vous retournez juste d’où vous veniez. Une fois votre milieu réapprivoisé, tout rentrera dans l’ordre…

C’est sans compter que vous ne vous êtes plus rattaché à un seul endroit. C’est un peu le monde à l’envers ; en Australie, la France vous manquez. Et voilà que c’est l’Australie qui vous manque en France désormais !

Vous comprenez enfin la contrepartie qui suit à toute expatriation ; vivre le cul entre deux pays et rêver en permanence d’ubiquité…

Sur la plage de Caponga, Ceara, Brésil

Pendant que je suis à Paris, que se passe t’il sur la plage de Caponga, Ceara, Brésil ?

#7. Voyager, et après ?

Après ? Qu’allez-vous faire dans 2, 3 ou 4 ans ?

Difficile de se projeter juste après votre arrivée mais sachez que les 6 premiers mois du retour sont cruciaux. Si la plupart arriveront à rester en place, d’autres ne pourront plus envisager de rester au même endroit ad vitam eternam.

Et si le virus du voyage vous avez, vous aussi, contaminé ?

Vous le saurez assez vite. Et si c’est le cas, il faudra envisager d’adapter votre vie à cette satanée maladie qui fait briller les yeux et vous rend tellement heureux 😉

Et vous, comment avez-vous vécu votre retour ?

 

Qui suis-je ?

Claudia

Spécialiste papilles et trek, elle marche pour nous de la Tasmanie à la Réunion et teste les voyages, les bons plans restaurants et les sports à la mode.

Ses voyages : Seule, à pied ou à vélo. Gros faible pour les immersions en communauté, les plats pimentés et les hauts sommets.

Zone de prédilection : l’Afrique et l’Asie

22 Commentaires

  • Il faut jamais arrêter de faire des longues voyages…travel whole you are young, try to work later on!!! 😉
  • Super article, j’ai écris un peu le même il y a même pas un mois!
    Je suis rentrée depuis environ 3 mois et nous pensons déjà a repartir, d’ailleurs nous entamons des démarches pour une expat’ !! Je crois que le syndrome nous a piqué 🙂
    Mais c’est une expérience magnifique et le retour quel qu’il soit en fait parti !!
    Bon courage 🙂
    Schuldi
  • Merci beaucoup pour ton commentaire. Tu as tout à fait raison, je crois que ça fait partie intégrante de l’expérience. Le secret pour s’en remettre, c’est peut être de prendre conscience que le véritable voyage, c’est la vie et qu’il faut apprendre à être heureux quel que soit son environnement 😉 bonne chance pour l’expatriation !!!
  • Quand je suis rentrée d’Australie, ca a été la grosse déprime, je me réveillais même la nuit en pleurant .. depuis ca va mieux même si je reste très nostalgique de cette période. Depuis mon retour je n’ai envie que de voyages, je me suis expatriée en Suisse mais ce n’est pas suffisant .. je voudrais voyager mais je dois rester et travailler et les quelques semaines par an me semblent trop peu même si j’ai de la chance par rapport à d’autres. C’est dur de trouver un juste milieu entre les envies et les possibilités ! Mais au moins j’ai toujours ma mère qui me fait des bons petits plats quand je rentre en France 🙂
  • Je vis depuis 6 mois aux Etats-Unis et je me retrouve complètement dans cet article .. C’est incroyable …
    Je n’aurai jamais pu expliquer mieux que ça le ressenti et les appréhension bien qu’il me reste encore 6 mois à tirer ..
    Super Article avec un grand A ^^
    Merci !
  • Comment j’ai vécu mon retour ? Très mal…
    Après 2 ans au Brésil, où la fin s’est mal passé et m’a obligée à revenir à la case départ, mon mari et moi nous étions dit qu’on se poserait 2-3 ans en France, le temps de se remettre à flot psychologiquement et financièrement. Au bout d’une semaine en France, cet élan de motivation était anéanti par les « tu vois, je te l’avais dit que ça ne marcherait pas ton truc au Brésil » et les « à bientôt 30 ans, c’est pas normal de vivre comme toi » et compagnie… on est partis prendre du recul en Australie (oui bah on fait pas les choses à moitié lol) quelques semaines, et au retour, ô grand miracle, mon mari venait de décrocher un poste au Portugal, où nous vivons depuis 14 mois. Cette aventure portugaise prend fin en décembre, et j’appréhende déjà de devoir peut-être repasser quelques mois en France. Bien qu’on ne crache pas du tout sur un retour définitif en France, on sent qu’on est encore bien trop infectés par le virus du voyage pour espérer revenir maintenant. Plus tard, peut-être, sûrement même. Mais pour l’instant, on n’est pas prêts à ça. Nous avons une chance toute particulière d’être deux et deux à vouloir exactement la même chose. ça aide à surmonter certains passages difficiles ! 😉

    Excellent article, au passage 🙂

  • Repartir souvent (le plus possible) sur de plus courtes périodes… Comme des rappels de vaccins pour rester dans l’analogie de la maladie du voyage !! Mais c’est incurable, malheureusement (ou heureusement ?)…
  • Nous on a surtout découvert que personne n’en a rien à foutre. Une seule personne a regardé nos photos (à moitié, alors que j’avais fait un énorme tri, bon ok il en restait 400 pour 8 mois de voyage). ça nous a bien refroidi que du coup on a l’impression que ça n’a pas vraiment existé.
    Mais bon, on s’en moque (enfin on essaye), après 4 mois en France, on repart début septembre.
  • Comme j’aime à le dire, il faut bien revenir pour repartir! J’adore voyager, mais j’adore également le retour à la maison, retrouver, sa famille, ses amis, son chez soi, ses habitudes, son confort, ses plantes, animaux….

    Mais c’est vrai que le retour est souvent difficile, pour reprendre le rythme et le train train quotidien!

  • Ollie, je te comprend ! Je me suis longtemps sentie comme ça en rentrant de voyage. Maintenant, j’apprends à vivre au quotidien comme en voyage. C’est ce qu’on essaye de transmettre sur le blog et crois moi c’est possible 😉
  • Merciiiiiiiii Beckou ! C’est fou de voir le nombre de personnes qui ressentent la même chose que moi. Pendant longtemps, je pensais être seule à déprimer en rentrant et je me sentais un peu con. Quand j’ai vu Claire rentrer d’Australie en mai, j’ai vu en elle toutes ces phases et je me suis dis que finalement, j’étais peut-être pas la seule et que ça pourrait aider des gens de s’y préparer et de savoir que c’était Normal 😉
  • Merci Jenzinha.
    Je te comprend tout à fait. En France, on a cette fâcheuse tendance à être négatif et à toujours résumer une expérience par sa fin. « T’es rentrée ? Tu as échoué », alors qu’il n’y a jamais vraiment d’échec puisqu’on apprend toujours !
    J’ai habité en Afrique toute mon enfance et quand je suis rentrée en France à 12 ans, toute la famille l’a très mal vécu. Je me souviens que j’angoissais à l’idée de rentrer « définitivement ». Je me sentais coincée, bloquée et j’avais le sentiment d’être incomprise.
    Avec les années, j’ai changé d’attitude. J’adore partir très longtemps, j’adore vivre à l’étranger. J’aime aussi rentrer et revoir mes amis et ma famille. Et les remarques négatives, je ne les entends plus 😉
  • C’est incurable en effet…Mais quelle maladie fantastique ! J’espère qu’on ne trouvera jamais de vaccin 😉
    Merci pour ton commentaire Olivia. On te souhaite encore plein de rappels !
  • Mais ouiiiiiii Tiphanya ! C’est dingue.
    Je pense qu’il faut vraiment le vivre une fois pour se rendre compte de la force d’un tour du monde. Alors quand on le raconte en quelques photos à ses amis, difficile pour eux d’en prendre la mesure…et pour nous de ne pas se sentir frustré de leur inattention. Votre voyage, c’est un trésor qui malheureusement ne se partage pas facilement 😉
  • Oui Chrissand. Il y a un temps d’adaptation. Mais c’est aussi en partant loin que l’on peut se rendre compte, comme tu le dis, que notre pays, notre famille, nos amis, sont pas mal du tout et qu’on ne les changerait pour rien au monde 😉
  • Oui Mali.
    On ne se sent plus vraiment pareil parfois.
    Je me souviens particulièrement d’un festival hippie dans le bush australien. Je trouvais ça super bizarre les premiers jours : on t’apprend à sentir le vent, à retrouver ton âme d’enfant. Tu fais du yoga, des bains de boue, tu danses sans musique, bref que des trucs bizarres qui rimaient à pas grand chose pour moi. Quand je suis rentrée à Sydney pour bosser, il pleuvait des cordes le premier jour et j’avais pas de parapluie. J’ai commencé à faire du boudin et je me suis souvenue de tout ce que j’avais fait pendant le week end : finalement, cela revenait à vivre chaque moment. J’ai enlevé mes chaussures et relevé mon pantalon et j’ai commencé à sourire et à marcher dans les flaques. Non seulement, j’ai PROFITE de la pluie mais une fille s’est arrêtée et m’a donné son parapluie : elle venait d’arriver devant chez elle et n’en avait plus besoin !
    Dès que je tire la tronche dans le métro, j’essaye de me souvenir de cette anecdote. Et ça marche 😉
  • […] « La boulangère ne vous sourit plus à cause de votre petit accent et elle se contrefiche de là d’où vous venez. Elle, elle bosse. Vos amis ne vous pardonnent pas de chercher parfois vos mots et vous traitent de snob au moindre anglicisme. Encore un petit côté grisant du voyage qui s’envole. » Claudia des Baroudeurs […]
  • Dur dur le retour après 1 an d’expat… mes amis n’étaient plus là à mon retour, j’ai du me refaire un réseau, j’ai mis bien 1 à 2 ans pour m’en remettre. La mentalité française tellement différente de l’Australie, ca m’a achevé..
    Mais aujourd’hui cava mieux j’ai refait mon réseau, j’ai re trouvé un travail, j’ai re appris à socialiser, je me donne à fond dans mes passions… même si au fond de moi l’envie de repartir est toujours aussi forte, un jour elle sera tellement forte que j’aurais pas le choix que de repartir ! en attenant je voyage autant que je peux pour compenser ce manque 🙂 (prochaine étape : 3 semaines au Brésil !!).

Laisser un commentaire.