Il y a quelques jours, j’ai reçu un email d’Agnès, une des lectrices du blog, qui m’a beaucoup touché. Elle y aborde cette notion qui me questionne beaucoup : le courage de voyager

 

« Chers Baroudeurs, 

Je viens de finir mes études et j’hésite. Une entreprise m’a proposé un CDI dans ma région. La mission est intéressante mais je ne sais pas si je dois accepter. Je suis jeune et je voudrais partir à l’étranger un ou deux ans. Je ne sais pas si j’aurai le courage de voyager. J’en ai envie mais je ne suis pas sûre de ne pas le regretter. Comment se décider ?

En tout cas, bravo, il en faut du courage pour partir comme tu l’as fait. 

Agnès« . 

Afin de tordre le cou à cette culpabilité qui souvent nous touche quand nous avons peur de voyager, j’ai décidé de partager avec vous un peu de mon expérience contraire, celle d’une enfant d’expatriés qui, très tôt, a été jeté dans le grand bain du voyage. 

Le courage de voyager

Je me souviens du premier déménagement. On m’avait parlé d’une ville, du nom d’un autre pays qui sonnait vide. La cuisine était envahie de grosses cantines en fer, tantôt vertes, tantôt grises où on empilait par couches successives nos souvenirs comme autant de fardeaux d’hiver. On a dit au revoir. Aux amis, au jardin, aux rues et aux parfums. Et Papa a décroché la balançoire où, pour la première fois, j’avais appris à voler. 

J’ai appris à partir comme d’autres apprennent à marcher. Je parle voyage comme d’autres parlent anglais. Je ne compte plus désormais le nombre de fois où l’on m’a dit : « il en faut du courage pour partir comme tu l’as fait » et tout recommencer. Au fond, je crois que ça me flattait. 

Dans ma toute petite vie, j’ai déménagé plus de 20 fois. J’ai habité dans huit pays, sur cinq continents. Je n’ai pourtant jamais tout recommencé.

Je me suis sentie légère, à chaque départ, un temps. Comme s’il était plus facile de caser son avenir dans un bagage à main. En vérité, souvent, j’ai regardé mes amis s’aimer, se marier, se détester et malgré tout s’accrocher avec une certaine envie. 

« Un jour, je partirai » ; c’était une rengaine infernale, une remède contre l’ennui et la peur de ne pas vivre assez qui me protégeait de tout investissement sentimental et professionnel. A la moindre déception, au moindre échec, la solution était simple, il suffisait de partir et de tout recommencer.

Le courage de rester

Sans crier gare, mes valises se sont posées à Paris il y a deux ans. Je me souviens avoir frissonné lorsque j’ai signé un contrat à durée indéterminée, parce qu’il n’y avait pas de fin programmée. 

Ce soir, tu m’as écrit Agnès. J’ai ouvert des dossiers d’un vieux disque dur pour te prouver les bienfaits du voyage, te dire à quel point c’était super et pourquoi tu ne regretterais jamais. J’ai préparé un article, bien ficelé, en trois points, avec une conclusion qui en jetait. 

En choisissant mes images, je suis tombée sur la photo de cette petite fille qui avait promis que, quand elle serait grande, elle ne s’arrêterait jamais de voyager

Je me suis demandée si je ne l’avais pas trahie, si je n’était pas devenue cette poule mouillée en achetant mon appartement, quelqu’un qui a peur de partir et qui se cherche des excuses. Des « pas tout de suite », des « pas toute seule », des « pas assez » d’argent, de temps de volonté…

A y regarder de plus près, on recommence tous les jours, ici ou ailleurs. Prendre des coups, se relever. Voir le beau dans un détail du quotidien, chercher toujours, sourire au bonheur simple d’un lendemain. Voir son patron, le détester, le voir encore, le comprendre davantage. Accepter qu’aujourd’hui, la balançoire, c’est à vous de la pousser et qu’il faut parfois être raisonnable. Dire merde, payer un autre tour et s’envoler. Il en faut aussi du courage pour rester

En réponse à votre question, chère Agnès, je me sens bien con. C’est peut-être finalement vous qui m’avez le plus aidé. Alors, à choisir, entre partir ou rester, en bonne normande, je vous conseille de ne pas renoncer

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