Lascaux, une incroyable découverte historique

C’était un 12 septembre 1940. Quatre adolescents déblayaient l’entrée d’une grotte sur une colline de Montignac. Parce qu’un chien avait poursuivi un lapin jusqu’à une interstice dans la roche. Parce qu’un arbre avait été déraciné quelques temps avant à cet endroit exactement. Curieux de sa profondeur, Marcel Ravidat descendit le premier. La suite, vous la connaissez tous car, ce jour-là, ils firent une des plus grandes découvertes du XXème siècle ; Lascaux.

Combien d’entre nous ont rêvé, grâce à ces quatre garçons, de découvrir un trésor ? De voir, les premiers, dans l’anfractuosité d’une grotte, un témoignage gardé intact pendant près de 20 000 ans

Nous sommes en septembre aussi, exactement 77 ans après les pas de Marcel Ravidat et après des décennies d’attente, je suis à mon tour au pied de cette grotte. Peu m’importe si ce n’est pas l’original, fermée en 1963 par Malraux pour la protéger des innombrables rêveurs venus l’admirer. Celle-ci, Lascaux IV, en est la reconstitution complète, au centième de millimètres près, enserrée dans la même terre, à peine à quelques centaines de mètres du site historique. Je croyais tout connaître de Lascaux ; j’avais présomptueusement oublié que l’on ne connaît rien avant d’avoir fait face à son sentiment. 

Lascaux IV, écrin de modernité
Lascaux IV

Après avoir poinçonné mon entrée, une guide conduit notre petit groupe vers l’ascenseur. Au sommet de la colline, par un petit chemin en pente légère, je découvre à mon tour l’exacte réplique du monticule, de l’éboulis de terre qui a intrigué les quatre garçons et par lequel la lumière transperce à peine. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le courage de leur découverte. Descendre, sans savoir à quoi s’attendre. Un dernier sas et je pénètre enfin dans la grotte où jusqu’à l’humidité et la température ont été reconstituées pour immerger au maximum les visiteurs dans l’expérience Lascaux. 

Cet homme c'est moi et, comme cette fresque qui ne semble ne pouvoir s'arrêter, son présent est mon passé.

De la première salle, la Salle des Taureaux, les garçons ne verront rien, trop occupés à éclairer le sol accidenté de la grotte. Alors que je m’attendais à voir quelques peintures éparses, je suis immédiatement saisie par les centaines d’oeuvres, peintures et sculptures savamment amoncelées. A ce jour, 1963 figures ont été répertoriées. Un effet de trop plein qui déclenche immédiatement une conviction profonde ; celle d’une véritable volonté de transmission, quelqu’en soit la raison. Les scientifiques eux-mêmes n’ont pas encore tranchés ; s’agissait-il de provoquer une chasse fructueuse, d’un décor de rite ou de toute autre chose ? Nous ne le savons pas. Mais plusieurs hommes, sur un laps de temps qui ne peut se compter en mois, ont travaillé ici dans des conditions rudimentaires. A creuser la roche, à détourer des animaux convaincants, à mélanger des pigments au détriment de la chasse et des occupations quotidiennes nécessaires à leur survie

Sans pouvoir arrêter mon regard sur une seule peinture, je suis prise dans ce tourbillon d’ocre et de noir, traces incontestables que l’image que je m’étais faite de mon ancêtre, homme primitif étranger à tout sensibilité, était bien simpliste. Cet homme c’est moi et, comme cette fresque qui ne semble pouvoir s’arrêter, son présent est mon passé. 

Détail de la salle des Taureaux, Lascaux IV

Lascaux, où l'art pour l'Art

Et puis, à mesure que mon oeil s’habitue à l’obscurité et que la guide m’ouvre à un nouveau regard, se délient les traits. Des poitrails, toujours de profil, une première corne en forme de “C”, la seconde en forme de “S”, toujours cette maîtrise de la perspective et le parti pris de jouer avec les reliefs offerts, l’assurance du moindre point, des couleurs projetées. 

Détail de la salle des Taureaux, Lascaux IV
Détail de la salle des Taureaux, Lascaux IV

Petit à petit, l’Histoire disparaît en me voici propulsée dans l’Art, le vrai, l’art pour l’art, exposé dans cette grotte, protégé du regard pendant des millénaires par un musée fermé. Il m’est alors tout bonnement impossible d’imaginer toutes ces peintures, à main levée, réussies dès le premier jet. Y’avait-il une école, un savoir qui se transmettait tant sur les créations des ustensiles que sur leur maniement ? Pourquoi l’homme, déjà, avait-il besoin de s’exprimer et de faire perdurer bien après lui, les traces de vie ? 

vache rouge à tête noire, Lascaux

Quand nous quittons la Salle des Taureaux, je suis bouleversée. Il n’y a pas d’autres mots devant cette leçon de maître, ce cadeau fait à l’humanité et dont nous peinons encore à prendre la mesure 20 000 ans après. 

"Voici la Chapelle Sixtine de la préhistoire. "

C’est là, aux abords du diverticule axial que le faisceau hésitant de la lampe électrique de Marcel éclaire la paroi pour la première fois. C’est là que l’Abbé Breuil, spécialiste de la Préhistoire appelé d’urgence quelques jours seulement après l’invention de la grotte, s’écriera “voici la Chapelle Sixtine de la Préhistoire”, faisant à jamais de Lascaux le pont incontestable entre l’Histoire et l’Art

Le diverticule axial, "chapellle sixtine de la Préhistoire", Lascaux

Les artistes ne s’y sont pas trompés ; Soulages, Picasso, Dubuffet, Klein, Miro, Gasiorowki. Ils sont tous passés par Lascaux pour toucher du bout des doigts, non pas un modèle dans le style mais l’essence de ce qu’est l’art : extraire de figures quotidiennes un sentiment d’universalité. Et en s’enfonçant dans le musée, sous la colline même de Lascaux, quel bonheur de voir que sont enfin réunis dans un même endroit, ces arts, tous premiers, aucun primitif, qui font la richesse et la singularité de notre Histoire. 

Bien plus que la grotte, Lascaux IV, musée international d'art pariétal

Informations complémentaires

Pour les plus curieux, il y a mille façons de présenter Lascaux et il m’a fallu faire un choix cornélien. Pour découvrir les coulisses des travaux titanesques de reconstitution, les aspects historiques de la découverte, les conditions de vie dans la vallée de la Vézère à l’époque, vous pouvez vous référer au numéro spécial Lascaux du magazine Beaux Arts (qui est accessible à tous, ni trop précis, ni trop compliqué). Savez-vous notamment que des sites comme Lascaux ont été découverts en Espagne mais aussi au Zimbabwe, en Inde, en Australie, au Mexique, en Argentine…de quoi me donnez des idées pour les prochains voyages ! 

 

Ouvert toute l’année

16 euros par adulte, 20 euros en entrée combinée avec le Parc du Thon. 

Pour plus d’informations sur les horaires du Centre International de l’art pariétal, Lascaux IV, rendez-vous sur le site de Lascaux. 

 

 

 

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter

Vous aimerez aussi...