De plus en plus, je m’attèle à trouver lors de mes voyages des initiatives locales solidaires qui aient une valeur tant pour nous, les voyageurs, que pour les populations locales. Dans ce cadre, j’ai été invitée en novembre dernier à participer au premier Salon du Tourisme Communautaire d’Amérique centrale organisé au Guatemala par Travelution, une association qui aide à promouvoir et développer le tourisme communautaire dans le monde. 

J’en ai donc profité pour tester quelques initiatives de tourisme communautaire et vous partager mes bonnes adresses. Au programme, un hébergement chez l’habitant dans une des plus belles régions du Guatemala, des communautés qui se battent contre le plastique ou la violence, des tisserandes bien déterminées à préserver leur spécificité culturelle et une association qui oeuvre pour la préservation d’un écosystème menacé par le tourisme de masse. 

Dormir en famille à San Juan la Laguna

“Desde el turismo apoyo, vivimos mejor” – Depuis que le tourisme se développe, nous vivons mieux. Voilà qui pourrait résumer toute l’expérience de la communauté maya de San Juan la Laguna. Situé au bord du Lac Atitlan, un des plus beaux sites du Guatemala, San Juan la Laguna vivait principalement de l’agriculture et attirait peu les touristes par manque d’infrastructures, contrairement à d’autres villes du lac comme San Pedro. 

A partir des années 2000 et sous l’impulsion de 25 familles mayas Tz’utujil bien décidés à sortir leur communauté de la misère, les choses s’organisent. Ils créent ensemble une association, Rupalaj K’istalin, afin d’être co-responsables de leur avenir

Depuis, Rupalaj K’istalin oeuvre pour la préservation de l’environnement (nettoyage du lac, programme de reforestation et sensibilisation des plus jeunes à l’écologie), aide financièrement les familles touchées par des drames et promeut les initiatives locales qui se sont formées dans son sillage : on trouve maintenant à San Juan la Laguna plusieurs coopératives, de chocolat, de tissus, de plantes médicinales et d’art, destinées à promouvoir la culture et le savoir-faire maya. 

Guillermo, le directeur de l’association élu pour l’année, m’explique que, bien plus que l’argent récolté pour les actions locales (l’association accueille chaque année des touristes pour dormir en famille et vient d’acquérir un local pour ouvrir un restaurant fin 2018), il s’agit de redonner aux mayas leur dignité. Longtemps dénigrés par le gouvernement et les non indigènes, les mayas de San Juan, dont beaucoup ne sont pas allés à l’école, ne pensaient pas pouvoir entreprendre. Réussir ensemble à monter un projet pérenne comme Rupalaj K’istalin leur a prouvé qu’ils étaient en capacité de changer la vie de leur communauté sans aide extérieure. 

Après avoir visité la coopérative de plantes médicinales de San Juan, Q’omaneel, que je vous conseille vraiment si vous passez par là, je rejoins Marcos et sa famille pour passer la nuit avec eux. Une longue nuit à discuter, quelques heures de sommeil dans un lit douillet et je me retrouve en tête à tête avec la femme de Marcos au petit-déjeuner. D’un coup, tout le discours de Guillermo prend vie. Elle fut une des premières femmes à accepter d’accueillir sous son toit des touristes. 

“Au départ, tu sais, je ne voulais pas. Et il a fallu que Marcos me parle pendant des jours pour que je dise oui. Vous êtes tellement beaux, tellement élégants, vous, les touristes. Vous habitez dans des grandes villes. Moi, ma maison est toute simple. Je cuisine les légumes de mon jardin. J’avais vraiment honte que des étrangers voient comment je vis et de leur donner à manger des herbes.” 

En cuisinant avec elle, je me suis confiée à mon tour, en lui expliquant que mon plus grand rêve, moi qui habite Paris, était d’avoir un jardin et de pouvoir cultiver mes propres légumes et mes herbes. Après un long fou rire, elle a conclu sur cette phrase qui aurait pu à elle seule faire tout mon voyage au Guatemala : 

Je croyais en recevant des touristes chez moi que j’allais apprendre beaucoup de choses et que ces choses aiderait ma famille. Et puis, les touristes m’ont demandé de leur apprendre à faire les tortillas, à s’occuper des poules et à planter du piment. Tout à coup, les choses que je savais avaient de la valeur pour les autres et je les aidais. Je rencontre beaucoup de jeunes comme toi d’Europe qui veulent un jardin, qui me disent qui parlent peu avec leurs parents et qu’ils ont peur de réaliser leurs rêves. Moi, je leur dis toujours : regarde, avec mon mari, petit à petit, on l’a fait. On est mayas et on l’a fait. Toi, tu as fait des études. Tu vis en ville. Tu peux tout faire si tu crois en toi.” 

L’intelligence et la force de ce couple a vraiment changé mon regard sur le tourisme communautaire. Bien sûr, accueillir les touristes leur ont permis de gagner un peu plus d’argent chaque mois mais là n’est pas l’essentiel. Ils sont enfin fiers de leur culture et de leur racines, fiers de transmettre et de guider d’autres personnes dans la réalisation de leur potentiel. On parle souvent d’échange et en voici un exemple concret car ici, personne ne donne, personne ne prend. On grandit ensemble, loin des illusions que chacun se fait de la vie de l’autre. 

 

Comment les soutenir ? 

En visitant la communauté de San Juan, en vous arrêtant manger au restaurant de l’association ou en dormant chez l’habitant, en achetant vos souvenir dans une des nombreuses coopératives de San Juan. 

Petite information qui a son importance si vous comptez vous y rendre : certaines familles parlent désormais anglais 😉

Soutenir San Pedro la Laguna, la ville qui a banni le plastique

San Pedro la Laguna est double. Côté pile, une carte postale du grandiose lac Atitlan. Côté face, elle offre pourtant une image un peu moins glorieuse puisqu’on l’appelle désormais San Pedro la Locura – la folle – tant cette communauté a été dépassée par son développement et l’arrivée massive de touristes ces dernières années.

Au débarcadère, je suis sidérée par le bouillonnement de la ville quand, à quelques kilomètres de là, San Juan était si calme. Au soleil, un homme attend avec un stock impressionnant de barbes à papa tandis que les touristes s’engouffrent dans une rue-vitrine où alternent bars, agences de voyage et hôtels de backpackers. 

Depuis quelques années, la ville est submergée : l’afflux de touristes a permis à beaucoup de commerces de s’installer et de faire des bénéfices mais les autorités locales n’ont pas été en mesure d’absorber ces nouveaux flux. Le système de ramassage des ordures est saturé, le lac de plus en plus pollué et les habitants ressentent un malaise de plus en plus profond face à la nouvelle image de leur communauté et aux débordements de quelques touristes peu respectueux. 

Bannir le plastique, le rêve de San Pedro la Laguna, Guatemala

Face à ces constats alarmants, Mauricio Mendez, le maire de cette communauté maya de 10 000 habitants, a pris en 2016 une décision radicale : interdire la vente et la distribution de plastiques jetables à San Pedro (c’est-à-dire des pailles, des sacs plastiques jetables et des récipients en polystyrène expansé). D’abord jugé inconstitutionnel par la Chambre d’Industrie du Guatemala, l’arrêté municipal a finalement pu être conservé. Le maire et son équipe municipal se sont alors lancés un plan ambitieux sur 5 ans pour faire disparaître totalement le plastique jetable.  

Deux ans plus tard, le constat est sans appel. Bien sûr, il y a encore un long chemin à parcourir pour que le plastique soit complètement inexistant à San Pedro, comme me le confie Victor Gonzales, qui travaille à la mairie. Une usine de retraitement des déchets a été financée par la mairie, de grandes campagnes de nettoyage du lac ont été mises en place et la mairie a visité chaque famille pour leur distribuer des paniers durables pour faire leur marché. Petit à petit, les mentalités changent. Certains commerçants reviennent à des techniques d’emballage plus respectueuses de l’environnement utilisant du papier ou encore des feuilles de bananiers comme le faisait les mayas traditionnellement, comme cette vendeuse de smothies qui propose désormais à ses clients des pailles en papier recyclé. 

Il serait fou de penser que la bataille est terminée. Pour soutenir son action, la mairie a d’ailleurs été obligée de mettre en place des amendes pour forcer les derniers réfractaires aux changements à s’adapter à ce changement (2000 dollars environ pour les commerçants qui continuent à vendre ou distribuer du plastique). Mais cette initiative courageuse a été saluée partout au Guatemala d’abord, comme à Antigua où la ville a décidé de mettre en place la même politique anti-plastique, et dans le monde comme un exemple d’éco-citoyenneté. 

 

Comment les soutenir ? 

Belle idée me direz-vous mais comment, moi en tant que touriste, je peux aider une telle initiative ? Tout simplement en encourageant les commerçants de San Pedro qui soutiennent cette loi anti-plastique lors de votre séjour, en refusant les pailles en plastique que l’on vous propose et en participant à votre échelle en réduisant au maximum votre utilisation du plastique. Et, pourquoi pas, en prolongeant l’expérience une fois rentré chez vous 😉 

Visiter la communauté de Santa Catarina de Palopo

Au Nord est du Lac Atitlan, Santa Catarina Palopo, une petite communauté maya kakchiquel de 1000 maisons, se trouve confrontée à un véritable défi. Cette communauté qui vivait jusqu’ici principalement de la pêche et de l’agriculture a vu sa population exploser ses dernières décennies. Résultat, les activités traditionnelles ne suffisent plus à nourrir toutes les familles et 78% des habitants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. 

Bien décidés à à offrir un meilleur avenir à leur communauté, quelques habitants se sont inspirés du projet néerlandais Favela Painting Project, qui s’est servi de l’art pour enclencher un développement économique et social dans les favelas de Rio de Janeiro. Fin 2017, grâce à l’aide des autorités locales, Pintando el Cambio – peindre le changement – était né. L’idée est simple : peindre les 1000 maisons de la communauté avec des couleurs vives et des motifs traditionnels maya pour, d’une part, redonner aux habitants des conditions de vie plus acceptables et d’autre part, transformer Santa Catarina en destination touristique culturelle pour créer de nouveaux emplois et commerces dans la communauté. 

Voilà maintenant un an et demi que le projet a débuté et aussi simpliste que cela puisse paraître, les résultats sont là. 200 maisons ont déjà pu être peintes (les habitants sont invités à choisir parmi un stock de couleurs et de motifs le look de leur future façade puis l’association leur fournit l’aide et le matériel nécessaire pour peindre leur maison), de plus en plus de touristes s’arrêtent à Santa Catarina pour visiter la maison de Pintando el Cambio, provoquant un effet boule de neige : 800 personnes de la communauté ont profité de ces premiers changements et 8 nouveaux commerces ont ouvert, créant des emplois pérennes dans la ville. 

Forte de cette première victoire, l’association compte peindre 850 nouvelles maisons en 2019 pour faire le buzz et attirer de nouveaux touristes

 

Comment les soutenir ?

Si vous y passez, n’hésitez pas à vous arrêter à la maison de l’association où Jasmine vous expliquera en détail comment ont été choisis les couleurs et les motifs à peindre, faites un petit don si vous le pouvez et n’oubliez pas de visiter la ville. 

Portrait du Guatemala, Santa Catarina Palopo

Rencontrer les tisserandes de Santo Domingo Xenacoj

A une trentaine de kilomètres au nord d’Antigua, Santo Domingo Xenacoj. Dans cette petite ville boudée par les touristes, un groupe de femmes s’est réuni autour d’un projet un peu fou : promouvoir les ouipil, habit traditionnel du Guatemala, comme une forme d’art et non d’artisanat. Partant du constat que la plupart des jeunes femmes se détournaient du tissage pour des habits de grande consommation, les femmes de Santo Domingo ont crée une petite coopérative permettant à la fois de transmettre l’art du tissage aux jeunes de leur communauté et de sensibiliser les touristes aux achats éco-responsables

On trouve en effet partout au Guatemala des magasins revendant des ouipils d’occasion ou utilisant ces ouipils achetés à prix cassés pour en utiliser certains morceaux dans des pièces plus modernes. Or, quand on sait qu’il faut environ 10 mois pour confectionner un ouipil et que, derrière chaque motif et enchaînement se cache en réalité une légende maya, on comprend bien vite la problématique d’acheter un ouipil souvenir pour 30 ou 40 dollars, tant pour la rétribution juste du travail qu’au niveau de l’appropriation culturelle.

Sous la houlette de Gloria, les femmes m’expliquent tour à tour l’importance que revêt le ouipil dans leur vie. Pour certaines, il s’agit d’être fière d’être maya, elles qui pour la plupart ont connu lors de la guerre civile, le réel danger que courait ceux qui osaient porter le ouipil dans la rue et donc d’afficher son origine maya. Pour d’autres, il s’agit de faire vivre les légendes, de s’extraire du quotidien et d’exprimer sa créativité mais toutes me confient que bien plus qu’un habit, le ouipil est un combat. Elles viennent d’ailleurs, au nom de leur coopérative de porter plainte contre une marque, Maria’s bag, qui en dehors de couper les ouipil et les acheter à des prix dérisoires aux coopératives, appellent les tisserandes des Maria, un terme très péjoratif puisqu’il réduit toutes ces femmes à un seul prénom et une seule identité, et sont en passe de gagner. 

Comment les soutenir ? 

Si vous allez au Guatemala, n’hésitez pas à les rencontrer et à assister à un de leurs ateliers pour comprendre les différentes étapes de fabrication d’un ouipil, depuis la teinture de fils jusqu’au tissage. Vous pouvez organiser votre venue via Guate4you (demander à partir avec Richard Chong, de la part de Claudia de Travelution et vous serez très bien accueillis) une petite agence de tourisme local qui travaille avec la coopérative. 

De façon plus globale, si vous pensez ramener des ouipils ou des tissus du Guatemala, privilégiez les achats en coopérative plutôt que sur les marchés ou dans les magasins d’Antigua, pour être sûr que l’argent aille directement aux tisseuses. 

Il existe également une superbe coopérative à San Juan La Laguna, Ixoq Ajkeem weaving cooperative, que vous pouvez visiter. Chaque région ayant ses propres motifs et techniques, il peut être intéressant d’assister à deux ateliers. 

Aider à la préservation des tortues marines à El Paredon

Au bord de l’océan Pacifique, la petite communauté d’El Paredon fait face depuis le développement du surf et du tourisme au Guatemala a plusieurs défis. Environnementaux et économiques d’abord, puisqu’il s’agit à la fois de développer le tourisme pour permettre à cette communauté isolée de trouver une source de revenus suffisantes tout en préservant un écosystème fragile où océan et mangrove se rencontrent. Créée en 2012, la Choza Chula, entreprise sociale, s’appuie donc sur le tourisme pour mener à bien des projets de conservation et d’éducation à El Paredon. Pour cela, l’équipe a mis en place une boutique solidaire (avec de très beaux articles) et des tours solidaires permettant de sensibiliser les touristes à la cause écologique. 

Ce matin là, je me suis donc jointe à eux pour un tour en pirogue sur la rivière Acome pour observer la faune et la flore locale. 

Tour durable autour des tortues marines du Guatemala

Ici, pélicans et oiseaux endémiques croisent la route des tortues vertes qui ont élu domicile dans le lit de la rivière. Chose très rare, elles sont observables ici toute l’année, ce qui en fait un des meilleurs terrains d’observation de cette espèce. Pendant que je suis des yeux un vol de pélican, les volontaires m’expliquent que les tours ont progressivement changé le regard des habitants sur la mangrove. Quand, il y a encore quelques années, les bateaux de pêcheurs remontaient la rivière à vive allure pour rejoindre l’océan, causant d’énormes dégâts pour les tortues et la tranquillité des oiseaux, ils réduisent aujourd’hui leur vitesse et sont attentifs à ne pas jeter leurs déchets aux abords de la mangrove, conscients que celle-ci est à la fois utilise pour les touristes et pour la reproduction des poissons qu’ils pêchent. C’est que, grâce à l’argent des tours, la Choza Chula a pu mener des actions dans les écoles et expliquer aux plus jeunes l’importance de préserver l’environnement. Petit à petit, les touristes également changent. “Après avoir vu les tortues et les pélicans, tout ce qui se cache derrière les magnifiques beach break d’El Paredon, ils comprennent que laisser une bouteille de bière sur la plage a un véritable impact sur les animaux.” 

Même si je n’aurai pas réussi à prendre en photos une seule des innombrables tortues croisées (décidément, trop rapides pour moi), j’ai été totalement convaincue par le cercle vertueux mis en place par la Choza Chula. 

Observer les tortues marines au Guatemala, El Paredon

Comment les soutenir ? 

En respectant le calme de cette communauté très croyante : on limite donc les fêtes, les nuisances sonores et l’impact de ses déchets lorsque l’on visite El Paredon. 

En participant à un de leurs tours : en dehors du tour de la mangrove, la Choza Chula propose également des cours de cuisine guatémaltèque et des séjours chez l’habitant. 

En passant visiter la boutique de l’association. 

En privilégiant pour votre séjour les petits hôtels qui ont fait le choix de ne pas construire en dur et de respecter au maximum l’environnement. Pour ma part, j’ai élu domicile chez Rafa et je vous recommande chaudement ses bungalows à deux pas de la mer dont je vous ai parlé dans mon précédent article sur El Paredon Surf Camp.

 

J’espère que ces quelques activités vous donneront des idées pour votre prochain séjour au Guatemala. Et si vous avez d’autres adresses, n’hésitez pas à les ajouter en commentaire pour enrichir l’article 😉 

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